29.05.2007
Couvaison
Dans quelques instants
que le temps dilate en illusoires années,
mon corps sera sous-terre, pourrissant,
gagné par la gangrène et oublié du soleil.
Mais parfois,
dans un coin mystérieux de mon âme,
je perçois une rumeur lointaine...
comme cela peut s'entendre
dans les vieux tonneaux, quand en leur bois se dilate
encore l'esprit des vieux cépages.
J'ai l'impression que mes méditations maltées,
longtemps couvées,
au prix d'une éprouvante fidélité
commencent enfin à bouger
dans le jaune vivant de leurs œufs.
Se pourrait-il que naissent demain des miracles ?
22:00 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les coquelicots
Ma plus sublime extase - matérielle et spirituelle à la fois - est la compagnie des coquelicots.
Tantôt lippus, graciles, ou légers comme des papillons sanglants, j'affectionne leur présence.
Il poudroient mon être d'un sentiment de fraicheur fatale et unique.
Je me souviens de courses échevelées dans des prairies empourprées de leurs tâches folles.
Etait-ce avec Bertha, la rieuse fille de ferme, aux jambes vigoureuses et aux fesses rondues ?
Ou avec Mlle de Décampville, aux baisers violents et aux épaules soupoudrées de son ?
21:35 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les orangers
J'ai toujours apprécié, en épluchant les oranges, sentir exploser dans mes doigts ces grapillons de molécules parfumées. Les pulpes compressées postillonnent en cascade leurs essences. Je respire la fleurance d'agrume avec tout mon corps tandis mon esprit vogue d'orangers en orangers jusqu'aux jardins du palais de Cordoue.
Il se pose comme un souffle de libellule sur l'épaule de l'émir Abdelrahmane III.
Nous sommes le 28 Mai 929.
L'Emir, le visage grave, se promène seul le long de ses allées d'orangers en fleur.
La décision qu'il va prendre et annoncer dans quelques heures va bouleverser l'échiquier du monde.
Ce ne sera plus un Emir, vassal parmi les vassaux du Calife de Bagdad, mais bien un digne héritier Ommeyade qui restaurera sa Dignité Califale. Un nouvel Axius Mundi va voir le jour dans l'horizon du soleil couchant.
Et l'on ne pourra plus tourner son regard dans cette direction sans rêver à Cordoue et à l'Hyspania musulmane.
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09.01.2007
La proximité des Dieux
J'ai toujours aimé la proximité des Dieux.
Et les lieux ou les miracles semblent possibles.
Avez-vous déjà médité au bord du Gange ?
Sur un bloc de la pyramide de Khéops ?
Ou assis sur les eaux salées de la Mer Morte ?
Ou encore dans le Sinaï, face au Monastère Sainte Catherine ?
Moi si. Poussé par un besoin irrépressible et insensé.
Ai-je médité ? ou bien ces lieux ont-ils médité en moi ?
Cette eau du Gange, qui recueille depuis des millénaires les cendres des sages, des lépreux et des enfants, cette eau que j'ai bu à pleines goulées, en me plongeant dans la foule des ghats de Varanasi, palpite-t-elle encore dans mes veines ?
Cette pyramide, n'est-elle habitée que de vide ? Pourquoi cette sensation étrange, assis contre elle, d'être aspiré vers un infini plein de sons et de formes hiéroglyphiques ?
Pourquoi ces paysages de la mer Morte m'ont-ils semblé si extraordinairement familiers ? Sans parler du Sinaï dont la vue affolait le chef d'orchestre de ma mémoire, comme si une partie de moi-même venais rendre hommage à des lieux connus d'une lointaine histoire.
Mais souvent je me demande : sont-ce bien les mêmes impressions que j'ai parfois en faisant sauter des crèpes dans ma cuisine ? La crèpe semble se retenir de tomber, me regarde comme une lune avant de se glisser consentante dans la poêle du monde...Quelle est cette impression qui me traverse parfois en épluchant des pommes de terre ? des paumes de terre ? Qui épluche en moi ?
02:00 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2006
La Paume du monde
Le tourbillon de mes activités est parfois vertigineux.
Heureusement que le centre de gravité se trouve dans la danse du Soleil.
Je le regarde souvent à travers le pare-brise en conduisant.
Il bondit comme un dauphin d'or, de nuages en nuages.
Je sais d'avance, comme les rieurs cétacés, que le couchant
de nos vies s'illuminera des couleurs de sa lumière.
22:50 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.04.2006
La Rampe...
Il m'arrive parfois de ne plus me retenir à la Rampe. D'ouvrir la main, de décrisper la mâchoire, d'aller au devant...Dans cet espace vide qui ne figure dans aucune carte. Alors advient...
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Il ne s'agit pas d'un vertige classique : je grimpe les échelles de l'esprit, médite au bord de falaises, flâne parmi les tombes les nuits de pleine lune. La vue d'une baigneuse nubile se roulant dans les coquelicots n'expanse plus ma pupille.
Car j'ai quelque chose du chat intérieur qui s'accomode fort bien des extrémités et des ballades flibustes sur les toits.
Non il s'agit plutôt d'un saisissement ou semble s'entendre le pouls du monde.
Comme en ces quelques secondes qui précèdent une éclipse, une tempète...comme cette intuition fugace, cet oiseau qui me traverse l'esprit de son vol, ce saisissant arrêt de l'image quand la neige floconne lentement. Ou cet oeil de poule qui nous signale l'accident à venir...
Nous sommes alors au bord... sur la bordure lactée de la vie. Là ou les commencements pulsatils accueillent le rêve de pierre des anciens. Un étrange air marin, tout gras d'algues maltées soudain dilate mes neurones de souvenirs premiers.
Tandis que la lame tranchante de l'arbitraire s'entend dans l'innocence d'un chant de merle. C'est là qu'advient ce qu'un oeil d'épervier ne saurait voir. La Grâce fertile et matinale qui fait bourgeonner les cerisiers. Et qui glisse sur nos yeux et nos paupières pour goûter - oui gouter encore une fois - un dernier sommeil d'avant la guerre. D'avant la nuit de cet espace vide qui s'ouvre dans les micro-secondes de nos inattentions.
Un goût de framboise mêlé au carillon de l'orage. C'est là ce qu'il reste. C'est là que tout ce tient quand on lâche la Rampe.
H. Aslafy
22:50 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.03.2006
Maïmouna et Li Po
Ma maison de brousse était le théatre d'étranges rites.
Chaque soir Maïmouna ré-apparaissait en robe bleue indigo, toujours dans l'axe du soleil couchant. Le cliquetis de ses bracelets l'annonçait, et je ne tardais pas à voir son visage de peule malicieuse me sourire. La jeune femme déposait son seau de lait, et expulsait d'entre ses dents quelques noyaux de graines de jujubier qui lui faisaient la bouche goûteuse et acidulée.
Sa "pose plaisir" après une journée de corvée, Maïmouna y tenait !
Elle s'engouffrait prestement dans ma chambre aux murs de terre, et piaffait d'impatience en se préparant. J'entrais alors dans la pénombre que faisait danser la flamme de la lampe à pétrole et vérifiais que la lumière mordorait bien son corps. Ma peule au teint caramélisé de désir ondulait avec impudence, faisant battre le tam tam de nos ventres et sonnant le rappel des grands ruts ancestraux. Toute une géographie de fièvres s'écrivait par nos corps, nos estuaires rencontraient nos embouchures et nos rivières se jettaient dans la mer, et la mer dans la nuit, et la nuit dans sa bouche qu'étoilait ses dents éclatantes.
Après que l'écho du dernier spasme ait achevé son roulement et son soupir, Maïmouna se relevait, renouait son pagne sur ses fesses luisantes et m'offrait un verre de lait frais. Puis s'en allait d'un pas dansant.
Je buvais toujours le lait plus tard, seul, dans la nuit poudreuse d'étoile.
Seul avec l'esprit du poète Li Po :
Temple du sommet, la nuit :
Lever la main et caresser les étoiles.
Mais chut ! baissons la voix :
Ne réveillons pas les habitants du ciel.
H. Aslafy
11:55 Publié dans Autres textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

